(Faut-il dire la vérité aux enfants ?)
Chaque année, à l’approche des fêtes, la même question revient dans les groupes de parents :
“Et vous, vous faites croire au père Noël ou pas ?”
Derrière cette interrogation se cachent souvent deux préoccupations légitimes :
- Mentir aux enfants, même avec de bonnes intentions, est-ce acceptable ?
- Les laisser croire à un personnage imaginaire, est-ce réellement utile ou bénéfique ?
S’ajoute parfois une inquiétude très concrète : celle que son enfant “révèle” la vérité à d’autres, créant un séisme dans la classe…
Ce qu’il faudrait éviter avant tout
Au-delà du débat sur l’existence du père Noël, il y a une pratique qui mérite d’être questionnée :
le chantage au père Noël.
“Si tu es sage, le père Noël t’apportera ce que tu as demandé… sinon…”
Ce chantage, devenu banal, est pourtant une forme de menace. On le retrouve partout : à la maison, à l’école, au centre de loisirs, et parfois même dans la rue.
Comme toutes les sanctions conditionnelles, il ne favorise ni la compréhension, ni la responsabilisation.
L’enfant apprend surtout à ne pas se faire prendre, sans qu’on lui donne les moyens de comprendre en quoi son comportement pose problème.
Peut-on faire croire au père Noël sans chantage ?
Il n’y a pas de réponse universelle.
Il y a vos valeurs, votre histoire, votre rapport au mensonge et à la confiance.
Pour ma part, j’ai choisi une posture simple :
Je refuse de mentir à mes enfants.
Même pour le père Noël.
Pas par rigidité, mais parce que la confiance se construit, pas à pas.
Je souhaite que mes filles puissent compter sur ma parole.
Et je connais trop bien la déception d’un enfant lorsqu’il réalise que son parent lui a menti – même “gentiment”.
Beaucoup considèrent que ce n’est “pas un vrai mensonge”. Peut-être.
Mais pour l’enfant, quand la vérité éclate, elle remet en cause tous les autres sujets :
le père Noël, la petite souris… et potentiellement le reste.
Alors… on casse le rêve ?
Pas du tout.
Je ne dis jamais explicitement :
“Le père Noël n’existe pas.”
Je ne dis pas non plus l’inverse.
Je pose simplement la question :
“Et toi, qu’en penses-tu ?”
Cette approche permet à l’enfant de se situer, de croire s’il en a envie, sans que je l’entretienne activement dans une illusion.
- Ma fille aînée a longtemps choisi d’y croire tout en sachant, au fond, que c’était imaginaire.
- Sa sœur a décidé à 5 ans d’être “le père Noël” de son petit cousin. Elle savait, mais elle jouait. Et elle aimait ce rôle.
Il y a une grande différence entre :
laisser croire
et
faire croire.
Au-delà du mensonge : d’autres questions importantes
Plusieurs aspects du mythe du père Noël me questionnent également :
1. Le transfert de gratitude
Le personnage imaginaire reçoit toute la reconnaissance…
alors que ce sont de vraies personnes qui passent du temps à chercher ou fabriquer les cadeaux.
Depuis longtemps, je nomme donc la personne réelle derrière chaque “père Noël” :
“Ah, ça c’est le cadeau du père Noël de tata.”
Cela permet aux enfants de faire le lien entre la générosité et les relations.
2. La question du consentement
Chaque année, on pousse des enfants, parfois mal à l’aise, à aller voir un inconnu déguisé, à poser sur ses genoux, parfois même à faire un bisou “pour la photo”.
Le tout contre une promesse de cadeau ou de bonbon.
Quel message envoyons-nous alors que, toute l’année, on leur apprend à ne pas suivre un inconnu qui offre quelque chose ?
L’incohérence est forte.
Et l’enjeu du consentement mérite d’être pris au sérieux.
La magie de Noël… sans mensonge
Je veux transmettre à mes filles une magie bien réelle :
- celle du plaisir d’offrir,
- du temps partagé,
- des préparatifs en cuisine,
- de la joie d’imaginer ce qui fera plaisir,
- de la créativité et des traditions,
- des lumières, des rires et des musiques trop fortes.
Cela n’a rien à voir avec un personnage en rouge.
C’est une magie qui se vit, pas une histoire à faire semblant de croire.
L’imaginaire des enfants est déjà immense.
Ils n’ont besoin de personne pour rêver : ils savent le faire spontanément, librement, avec ou sans légendes.
Et si on disait simplement…
“Il était une fois, un moment de l’année où l’on prenait soin les uns des autres…”
Une histoire, oui.
Un mensonge, non.
Joyeuses fêtes à tous ✨



